{"id":460,"date":"2008-02-29T07:37:17","date_gmt":"2008-02-29T06:37:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.roidetrefle.com\/2008\/02\/29\/et-paf-madeleine-ou-la-machine-a-cirer-les-chaussures\/"},"modified":"2008-02-29T07:37:17","modified_gmt":"2008-02-29T06:37:17","slug":"et-paf-madeleine-ou-la-machine-a-cirer-les-chaussures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2008\/02\/29\/et-paf-madeleine-ou-la-machine-a-cirer-les-chaussures\/","title":{"rendered":"Et paf, Madeleine (ou la machine \u00e0 cirer les chaussures)"},"content":{"rendered":"<p>Le bonheur, c&rsquo;est simple comme un coup de fil. Mes amis, coll\u00e8gues et connaissances ne cessent de le r\u00e9p\u00e9ter. Il est quasiment impossible de me joindre en composant le num\u00e9ro de mon t\u00e9l\u00e9phone portable. C&rsquo;est un objet que je suis capable d&rsquo;oublier pendant des semaines. Lorsque je l&rsquo;allume, la messagerie est souvent satur\u00e9e. Certains pensent que je les filtre et me font la gueule, d&rsquo;autres m&rsquo;appellent sur ma ligne professionnelle et tombent sur <a href=\"https:\/\/roidetrefle.fr\/2007\/09\/24\/sacree-nadine\/\">Nadine<\/a>, mon assistante de l&rsquo;espace. Ceux qui me connaissent bien patientent jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de journ\u00e9e et composent le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de notre appartement et sont certains de tomber sur moi. <!--more--><\/p>\n<p>Il y a trois ann\u00e9es de cela, mon amie Madeleine \u00e0 tent\u00e9 de me joindre \u00e0 mon domicile. J&rsquo;\u00e9tais fatigu\u00e9 ce soir l\u00e0 et je n&rsquo;ai pas souhait\u00e9 lui r\u00e9pondre. Je savais que, si je d\u00e9crochais, j&rsquo;allais m&rsquo;aventurer dans une longue conversation. Nous aurions parl\u00e9 politique ou de la vie culturelle parisienne. Nos digressions auraient dur\u00e9 des heures. Elle aurait commenc\u00e9 par allumer une cigarette longue, m&rsquo;aurait demand\u00e9 si j&rsquo;avais lu le Figaro du jour, \u00e9cout\u00e9 radio classique le matin ou quel \u00e9tait le dernier film que j&rsquo;avais vu au cin\u00e9ma. Toujours le m\u00eame rituel.<\/p>\n<p>Je la connaissais via ma m\u00e8re. Elle \u00e9tait une ancienne patiente du service d&rsquo;endocrinologie de la Piti\u00e9-salp\u00eatri\u00e8re. Madeleine \u00e9tait \u00e9galement atteinte de psychose maniaco-d\u00e9pressive. Sa PMD la rendait encore plus sympathique. Elle \u00e9tait capable de faire les choses les plus dingues.  Elle avait achet\u00e9 en quelques heures un appartement \u00e0 Deauville sur un coup de t\u00eate sans avoir la totalit\u00e9 les fonds, s&rsquo;\u00e9tait mise en couple avec un espion allemand ou partait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger pour quelques jours sans en avertir ses proches. J&rsquo;avais parfois l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre le petit fils qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais eu. Elle passait le r\u00e9veillon de No\u00ebl en notre compagnie. Avec elle, je ne m&rsquo;ennuyais jamais.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une petite juive rouquine. C&rsquo;\u00e9tait comme cela qu&rsquo;elle aimait se d\u00e9finir. Elle me racontait souvent ses histoires folles, lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait petite, pendant l&rsquo;occupation allemande. Nous allions souvent \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra. Elle avait une culture incroyable. Un soir, juste avant une repr\u00e9sentation, elle s&rsquo;est amus\u00e9e \u00e0 lustrer ses escarpins avec une cireuse automatique. La machine a aspir\u00e9 et broy\u00e9 l&rsquo;une de ses chaussures. Elle a mont\u00e9 pieds nus le grand escalier. Elle racontait souvent en se marrant cette petite aventure. Lors de nos derni\u00e8res vacances en Chine, nous avons pens\u00e9 \u00e0 elle tous les jours en souriant. Une machine \u00e0 cirer les chaussures \u00e9tait dispos\u00e9e face \u00e0 la sortie de l&rsquo;ascenseur. C&rsquo;\u00e9tait la machine \u00e0 Madeleine.<\/p>\n<p>J&rsquo;aurais ador\u00e9 lui dire que j&rsquo;\u00e9tais p\u00e9d\u00e9 et en couple avec Snooze. Je n&rsquo;ai  jamais os\u00e9. Je suis pourtant persuad\u00e9 qu&rsquo;elle aurait ador\u00e9 le rencontrer et qu&rsquo;ils seraient devenus complices. Il y a trois ans, elle a tent\u00e9 de me joindre. Il y a trois ans, je n&rsquo;ai pas d\u00e9croch\u00e9 le combin\u00e9. Quelques jours plus tard, elle s&rsquo;est appr\u00eat\u00e9e. Elle a pris ses clefs et son sac \u00e0 main. Juste avant d&rsquo;ouvrir la porte d&rsquo;entr\u00e9e, elle s&rsquo;est effondr\u00e9e dans son entr\u00e9e et est morte d&rsquo;un coup. Paf. Son coeur avait l\u00e2ch\u00e9.<\/p>\n<p><center><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/roidetrefle.fr\/images\/machinecire.jpg\" \/><\/center>Je me reproche encore aujourd&rsquo;hui de ne pas avoir d\u00e9croch\u00e9 le t\u00e9l\u00e9phone, juste parce que je n&rsquo;avais pas envie de partager ma soir\u00e9e avec elle \u00e0 parler de tout et de rien. J&rsquo;aurais tellement eu envie de lui dire au moins une fois que je l&rsquo;aimais tr\u00e8s fort. Apr\u00e8s ses fun\u00e9railles, ses h\u00e9ritiers se sont d\u00e9chir\u00e9s pour se partager le g\u00e2teau. Je me suis rendu compte que je n&rsquo;avais m\u00eame pas une photographie d&rsquo;elle. J&rsquo;aurais ador\u00e9 garder l&rsquo;un de ses livres en souvenir.Depuis, lorsque je dis au revoir \u00e0 certaines personnes, je les fixe longuement apr\u00e8s les avoir serr\u00e9 entre mes bras, embrass\u00e9 tendrement ou hum\u00e9 leur parfum. Madeleine me rappelle dans ces moments particuliers que nous ne sommes qu&rsquo;un tas de viande p\u00e9rissable et qu&rsquo;il ne faut jamais h\u00e9siter \u00e0 dire je t&rsquo;aime \u00e0 son entourage, ou m\u00eame d\u00e9crocher son combin\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bonheur, c&rsquo;est simple comme un coup de fil. Mes amis, coll\u00e8gues et connaissances ne cessent de le r\u00e9p\u00e9ter. Il est quasiment<\/p>\n<p class=\"link-more\"><a class=\"myButt \" href=\"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2008\/02\/29\/et-paf-madeleine-ou-la-machine-a-cirer-les-chaussures\/\">Continuer la lecture<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[503,607,696,807],"class_list":["post-460","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-souvenirs","tag-madeleine","tag-opera","tag-proust","tag-telephone"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/460","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=460"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/460\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=460"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=460"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=460"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}