{"id":2017,"date":"2010-09-06T10:09:32","date_gmt":"2010-09-06T09:09:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.roidetrefle.com\/?p=2017"},"modified":"2026-04-17T17:07:16","modified_gmt":"2026-04-17T17:07:16","slug":"labandon-13","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2010\/09\/06\/labandon-13\/","title":{"rendered":"L&rsquo;abandon"},"content":{"rendered":"<p>On peut certainement appeler cela le destin. Je suis n\u00e9 au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Boucicaut. Mes parents se sont mari\u00e9s certainement par convention sociale, sans s&rsquo;aimer plus que cela. Il m&rsquo;ont con\u00e7u, vraisemblablement par accident cinq ans apr\u00e8s leur union. Je n&rsquo;ai jamais pens\u00e9 \u00eatre un enfant d\u00e9sir\u00e9. Ni par ma m\u00e8re qui a d\u00e9clench\u00e9 une d\u00e9pression du post-partum apr\u00e8s avoir accouch\u00e9, ni par mon p\u00e8re, adolescent attard\u00e9 qui ne pensait qu&rsquo;\u00e0 la tromper. Le petit Alexandre que j&rsquo;\u00e9tais commen\u00e7ait donc les premiers jours de sa vie dans un univers tr\u00e8s incertain. Maman s&rsquo;est vite aper\u00e7ue qu&rsquo;elle \u00e9tait tromp\u00e9e, au sens propre comme au sens figur\u00e9. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur a \u00e9t\u00e9 une boucle d&rsquo;oreille ne lui appartenant pas retrouv\u00e9e dans le lit conjugal. Le ver \u00e9tait dans le fruit, la pomme commen\u00e7ait \u00e0 pourrir, il fallait qu&rsquo;elle pr\u00e9serve son fils et tente de sauver les meubles de sa vie.<!--more--><\/p>\n<p>J&rsquo;ai donc \u00e9t\u00e9 export\u00e9 pour de fausses raisons m\u00e9dicales en Auvergne chez ma grand-m\u00e8re maternelle. Le coup \u00e9tait double: (i) ma grand-m\u00e8re venait de perdre son mari et se retrouvait donc seule, et (ii) cet \u00e9loignement me permettait d&rsquo;\u00eatre loin des sc\u00e8nes de m\u00e9nages quotidiennes qui d\u00e9truisaient le couple que formaient encore mes parents. Je me suis donc rapidement retrouv\u00e9 dans un milieu qui ne correspondait pas forcement \u00e0 celle d&rsquo;un enfant de deux ou trois ans. J&rsquo;ai rapidement appris \u00e0 m&rsquo;occuper, \u00e0 jouer seul, sans forcement avoir l&rsquo;envie ou le besoin de communiquer avec des enfants de mon \u00e2ge. J&rsquo;\u00e9tais entour\u00e9 en permanence par des retrait\u00e9s, un peu isol\u00e9 dans un grand bocal rempli de formol.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re a fini par quitter mon p\u00e8re. Elle a d\u00e9cid\u00e9 un soir de sortir du placard une vilaine valise en mati\u00e8re synth\u00e9tique, y a d\u00e9pos\u00e9 le strict n\u00e9cessaire ainsi qu&rsquo;un ours en peluche rouge, puis s&rsquo;est install\u00e9e dans une chambre de bonne lou\u00e9e dans l&rsquo;urgence tout pr\u00e8s des Buttes Chaumont. Elle connaissait bien le propri\u00e9taire car mon arri\u00e8re grand-p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 l&rsquo;architecte de l&rsquo;immeuble au d\u00e9but du si\u00e8cle. Je suis vite venu la rejoindre. Je me souviens encore d&rsquo;une grande pi\u00e8ce vide, d&rsquo;un matelas pos\u00e9 sur le parquet sombre, et de cette valise ouverte contre le mur. Une place m&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole catholique du quartier. Maman repartait de z\u00e9ro, un enfant \u00e0 charge, \u00e0 l&rsquo;aube de ses quarante ans.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 ce d\u00e9part, nous n&rsquo;avions jamais eu de probl\u00e8mes d&rsquo;argent. Ma m\u00e8re avait bien heureusement facilement trouv\u00e9 un poste d&rsquo;infirmi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Tenon. Il fallait toutefois payer une nourrice. La seule solution \u00e9tait donc de faire les deux huit. Maman travaillait donc \u00e0 l&rsquo;assistance publique le jour, puis quittait son travail pour encha\u00eener des gardes dans une clinique priv\u00e9e. Elle venait ensuite me chercher chez la nourrice avec un grand plaid bleu en laine. J&rsquo;\u00e9tais endormi depuis longtemps. Je me retrouvais le matin dans mon lit. Elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9veill\u00e9e. Tout \u00e9tait pr\u00eat pour partir \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Elle \u00e9tait \u00e9galement pr\u00eate \u00e0 partir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Je me souviens encore du parfum qu&rsquo;elle portait, \u00ab\u00a0Ho Hang\u00a0\u00bb de Balanciaga. Il m&rsquo;arrive parfois de sentir cette putain d&rsquo;odeur. Elle m&rsquo;\u00e9c\u0153ure et me rend toujours triste car elle symbolisera toujours un instant de s\u00e9paration et d&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai moi aussi commenc\u00e9 \u00e0 refaire ma vie \u00e0 Paris. J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 me faire quelques amis, mais suis toujours rest\u00e9 tr\u00e8s solitaire. Je vivais dans une sorte de paradoxe. Je d\u00e9testais les cris, l&rsquo;agitation, la promiscuit\u00e9, mais jalousais \u00e0 la fois mes amis qui \u00e9voluaient au sein de grandes familles tr\u00e8s vivantes. Le soir, une nounou venait me chercher \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole. Je faisais mes devoirs puis jouais seul dans ma chambre. J&rsquo;ai ensuite vite grandi et un \u00e9quilibre s&rsquo;est instaur\u00e9 entre ma m\u00e8re et moi. Peu de temps apr\u00e8s mes dix ans, je me suis pris en charge. Je me d\u00e9pla\u00e7ais seul \u00e0 Paris, je faisais les courses, cuisinais, lavais, repassais mes affaires et travaillais seul. J&rsquo;ai toujours eu peur de repr\u00e9senter un fardeau pour ma m\u00e8re et tentais un maximum de lui simplifier la vie.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir de vrais amis au lyc\u00e9e. Un nombre vraiment tr\u00e8s limit\u00e9. Ils se sont vite substitu\u00e9s \u00e0 ma non famille. Notre relation s&rsquo;est \u00e9tiol\u00e9e pour des raisons diverses et vari\u00e9es lorsque nous sommes entr\u00e9s \u00e0 la Facult\u00e9. Nous vivions chacun des exp\u00e9riences diff\u00e9rentes et commencions \u00e0 \u00e9voluer dans des univers diam\u00e9tralement oppos\u00e9s. J&rsquo;ai de mon c\u00f4t\u00e9 d\u00e9couvert de nouveaux amis, amis qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s \u00eatre essentiels et qui ont rapidement pris la place de ma non famille. Je les ai aim\u00e9s et les aime toujours d&rsquo;amour. Peut-\u00eatre plus fort encore. Delphine, Eric, Kristell, C\u00e9cile et bien entendu Snooze, devenu depuis mon cher et tendre mari. Nous nous connaissons et nous aimons depuis maintenant vingt ans. La vie est belle mais ironique. Les couples se font et se d\u00e9font, les enfants naissent, les opportunit\u00e9s professionnelles pimentent nos existences, nous sommes en mouvance permanente. <\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e0 quitter Paris fut Kristell. Delphine \u00e0 suivi le mouvement en partant pour Clermont. Je me souviens avoir fondu en larmes comme jamais le jour de son d\u00e9part. Eric \u00e0 coup\u00e9 les ponts du jour au lendemain sans la moindre explication. C\u00e9cile est partie s&rsquo;installer \u00e0 Bordeaux depuis deux mois. Lors de notre derni\u00e8re rencontre, j&rsquo;ai crois\u00e9 tr\u00e8s furtivement ses yeux humides. J&rsquo;avais tellement envie de la serrer de fa\u00e7on irraisonn\u00e9e entre mes bras, de tenter de la convaincre de ne pas partir, de ne pas me laisser, qu&rsquo;elle faisait une connerie, que j&rsquo;avais besoin d&rsquo;elle et que je l&rsquo;aimais. <\/p>\n<p>J&rsquo;ai maintenant confirmation que la vie n&rsquo;est qu&rsquo;une boucle merdique, qui tourne et qui tourne sans cesse, et qu&rsquo;il faut d\u00e9cid\u00e9ment \u00eatre \u00e0 la fois \u00e9go\u00efste, vigilant et vraiment tr\u00e8s r\u00e9sistant pour supporter ses cruelles rotations.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On peut certainement appeler cela le destin. Je suis n\u00e9 au tout d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital Boucicaut. Mes parents se<\/p>\n<p class=\"link-more\"><a class=\"myButt \" href=\"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2010\/09\/06\/labandon-13\/\">Continuer la lecture<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2510,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[30,51,52,272,301],"class_list":["post-2017","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenirs","tag-abandon","tag-amis","tag-amour","tag-divorce","tag-emmerdes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2017","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2017"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2017\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2511,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2017\/revisions\/2511"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2017"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2017"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2017"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}