{"id":152,"date":"2006-02-01T13:05:00","date_gmt":"2006-02-01T12:05:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.roidetrefle.com\/?p=152"},"modified":"2006-02-01T13:05:00","modified_gmt":"2006-02-01T12:05:00","slug":"dernieres-reflexions-sur-mon-pere-avant-de-terminer-chez-mireille-dumas-ou-de-commencer-a-prendre-des-medicaments-qui-font-voir-les-elephants-roses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2006\/02\/01\/dernieres-reflexions-sur-mon-pere-avant-de-terminer-chez-mireille-dumas-ou-de-commencer-a-prendre-des-medicaments-qui-font-voir-les-elephants-roses\/","title":{"rendered":"Derni\u00e8res r\u00e9flexions sur mon p\u00e8re avant de terminer chez Mireille Dumas ou de prendre des m\u00e9dicaments qui font voir les \u00e9l\u00e9phants rose ou de commencer \u00e0 fumer des cigarettes qui font rire et merde le titre est encore trop long"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai beaucoup pens\u00e9 \u00e0 la relation entretenue avec mon p\u00e8re ces derniers jours. J\u2019ai tent\u00e9 de d\u00e9crypter, d\u00e9cortiquer, analyser chaque instant pass\u00e9 en sa compagnie. Avais-je fait quelque chose de r\u00e9pr\u00e9hensible ? M\u2019\u00e9tais-je mal comport\u00e9 ? J\u2019ai finalement r\u00e9ussi \u00e0 isoler trois p\u00e9riodes principales.<br \/>\n<!--more--><br \/>\nJ\u2019\u00e9tais un enfant assez solitaire. Tout comme mes parents, je n\u2019avais ni fr\u00e8re ni s\u0153ur. J\u2019ai donc vite appris \u00e0 g\u00e9rer et \u00e0 apprivoiser cette solitude. J\u2019ai appris \u00e0 r\u00eaver. Je me cr\u00e9ais un monde. Mon monde. Je passais des heures \u00e0 jouer avec mes Legos. C\u2019\u00e9tait paradoxal. J\u2019enviais parfois l\u2019agitation des grandes familles. Cependant, lorsque je me rendais chez des amis, j\u2019\u00e9touffais rapidement. Je ne supportais ni l\u2019agitation, ni les cris.<\/p>\n<p>Lorsque mon p\u00e8re venait nous rendre visite \u00e0 Paris un week-end sur deux, l\u2019emploi du temps ne variait gu\u00e8re. Je passais l\u2019apr\u00e8s-midi du samedi dans ma chambre. Nous d\u00eenions tous les trois comme une vraie famille. Je devais me coucher de bonne heure. Le lendemain, nous allions sans ma m\u00e8re au cin\u00e9ma voir un vieux western, genre cin\u00e9matographique adul\u00e9 par mon p\u00e8re, un p\u00e9plum ou un vieux film am\u00e9ricain des ann\u00e9es 60. Pendant les f\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e, nous allions voir le Disney. J\u2019ai ainsi \u00e9cum\u00e9 le Rex, le Kinopanorama , le Max Linder et la majorit\u00e9 des salles pr\u00e9sentes sur les grands boulevards (hors cin\u00e9ma pornos) pendant des ann\u00e9es. Mon p\u00e8re ne me parlait que tr\u00e8s rarement. Quand nous discutions, il ne parlait que de lui. Combien il \u00e9tait seul loin de nous en Bourgogne. Combien nous lui manquions. Tout aurait \u00e9t\u00e9 si facile si maman le laissait remonter sur Paris. Il passait son temps \u00e0 me culpabiliser.<\/p>\n<p>J\u2019allais le rejoindre dans l\u2019Yonne pendant les vacances de la Toussaint, une semaine \u00e0 No\u00ebl, et un mois en \u00e9t\u00e9. Le village \u00e9tait perdu dans la for\u00eat et n\u2019\u00e9tait habit\u00e9 que par une quarantaine de personnes. La maison \u00e9tait tr\u00e8s grande. Le jardin aussi. Il donnait sur la rivi\u00e8re. Le climat \u00e9tait \u00ab continental \u00bb. Froid et sec en hiver, chaud en \u00e9t\u00e9. Il y avait une petite grange face \u00e0 la maison. Il y entreposait le bois. Juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 se trouvait le garage.<br \/>\nIl y avait aussi clodo. C\u2019\u00e9tait un chien de chasse r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par mon p\u00e8re. Le chien \u00e9tait battu par ses anciens propri\u00e9taires qui cherchaient \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser. Il passait son temps \u00e0 aboyer mais ne pouvait pas faire de mal \u00e0 une mouche. Clodo restait avec moi \u00e0 la maison. Il fallait le faire sortir de temps en temps. Nous faisions des ballades dans les bois. Juste avant de quitter la maison, je le regardais et disais \u00ab pipi \u00bb. Il devenait tout fou et commen\u00e7ait \u00e0 courir dans tous les sens \u00e0 la recherche de la laisse.<\/p>\n<p>Papa ne prenait jamais de vacances. Il travaillait du lundi matin au dimanche matin. Il partait vers 8h00 et revenait tard dans la soir\u00e9e. J\u2019ai compris plus tard qu\u2019il rejoignait ma future belle-m\u00e8re apr\u00e8s ses domiciles. Le dimanche apr\u00e8s-midi \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la p\u00eache et \u00e0 la sieste. Il partait religieusement p\u00eacher vers 13h00 et revenait vers 17h00. Il a tent\u00e9 \u00e0 maintes reprises de me communiquer cette passion mais rester le cul humide \u00e0 attendre qu\u2019un poisson bouffe un asticot ne m\u2019excitait pas franchement. Je pr\u00e9f\u00e9rais rester une fois de plus dans le salon ou dans ma chambre \u00e0 jouer avec mes Legos ou \u00e0 lire un livre. Lorsqu\u2019il rentrait, c\u2019\u00e9tait pour faire la sieste. Il ne fallait surtout pas le d\u00e9ranger sinon il se mettait dans une col\u00e8re noire. Il me demandait de le r\u00e9veiller au bout d\u2019une heure. Si je le r\u00e9veillais, je me faisais engueuler car il n\u2019avait pas assez dormi. Si je ne le r\u00e9veillais pas, je me faisais engueuler car il n\u2019allait pas dormir de la nuit.<br \/>\nEn semaine, je passais mon temps \u00e0 nettoyer et ranger la maison (mon c\u00f4t\u00e9 Bree van de Kamp, d\u00e9j\u00e0  :blink_tb: ). Mon pauvre papa vivait seul. Il fallait bien que je l\u2019aide. Il ne s\u2019est jamais aper\u00e7u de rien et ne s\u2019est donc jamais fendu d\u2019un merci ou d\u2019un compliment. Je passais du temps dans cette maison parce que j\u2019\u00e9tais son fils. J\u2019avais un droit de r\u00e9sidence et je l\u2019exer\u00e7ais. Je ne savais pas si ma pr\u00e9sence lui faisait plaisir. Il me disait parfois que je lui manquais, qu\u2019il vivait seul et que sa vie \u00e9tait triste. Je me sentais encore plus coupable de l\u2019abandonner lorsque je rentrais rejoindre ma m\u00e8re \u00e0 Paris \u00e0 la fin des vacances.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, j\u2019\u00e9tais encore en primaire. J\u2019avais un meilleur ami, Fran\u00e7ois. Il \u00e9tait fils d\u2019immigr\u00e9s espagnols. Ma m\u00e8re avait sympathis\u00e9 avec ses parents. Ils passaient souvent \u00e0 la maison. Papa avait \u00e9galement sympathis\u00e9 avec eux. Ils ne partaient en vacances que pendant l\u2019\u00e9t\u00e9. Fran\u00e7ois restait \u00e0 Paris le reste du temps. Papa avait donc propos\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois de venir avec moi pendant les vacances. Je n\u2019avais donc plus \u00e0 rester seul. J\u2019avais de la compagnie. De son c\u00f4t\u00e9, il se d\u00e9chargeait d\u2019un poids. Son fils avait un camarade de jeu.<\/p>\n<p>Papa aimait vraiment Fran\u00e7ois. Dans sa jeunesse, mon p\u00e8re avait fait beaucoup d\u2019athl\u00e9tisme. Fran\u00e7ois lui rappelait le m\u00f4me qu\u2019il \u00e9tait. De mon c\u00f4t\u00e9, la pr\u00e9-adolescence ne me g\u00e2tait pas. J\u2019\u00e9tait bien enrob\u00e9 et toujours aussi timide. Fran\u00e7ois \u00e9tait \u00e9lanc\u00e9 et sportif. Un soir, mon p\u00e8re a discut\u00e9 seul \u00e0 seul avec Fran\u00e7ois. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019\u00e9couter la conversation. C\u2019\u00e9tait assez facile. Le salon se trouvait sous ma chambre et les poutres laissaient passer toutes les conversations. Papa lui disait qu\u2019il aurait aim\u00e9 avoir un fils comme lui, qu\u2019avec moi ce n\u2019\u00e9tait pas pareil. Cette conversation r\u00e9sonne encore dans ma t\u00eate. Il ne m\u2019aimait pas.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, tout ne fut que vexations. J\u2019\u00e9tais trop gros, je ne me bougeais pas assez, j\u2019\u00e9tais b\u00eate, je n\u2019avais rien dans la t\u00eate. Toujours les m\u00eames reproches, toujours les m\u00eames phrases, toujours en public. Je ne disais rien. J\u2019avais honte. S\u2019il le disait, c\u2019\u00e9tait forc\u00e9ment vrai. Il avait pass\u00e9 une d\u00e9cennie \u00e0 m\u2019ignorer. Il allait en passer une seconde \u00e0 me rabaisser, jour apr\u00e8s jour.<\/p>\n<p>Mes parents ont enfin divorc\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. Quelques jours apr\u00e8s le divorce, ma belle-m\u00e8re s\u2019est install\u00e9e \u00e0 la maison. Les relations furent tendues d\u00e8s le d\u00e9part. J\u2019\u00e9tais le repr\u00e9sentant de ma m\u00e8re et j\u2019allais le payer. Mon p\u00e8re \u00e9tait totalement passif. Il avait vite compris qu\u2019il ne devait en aucun cas prendre position contre la personne qui partageait sa vie. En semaine, j\u2019\u00e9tais coinc\u00e9 \u00e0 la maison. N\u2019ayant pas mon permis de conduire, je ne pouvais pas m\u2019\u00e9chapper et vivais d\u00e9pendant des d\u00e9placements de mon p\u00e8re et de sa femme. Lorsque j\u2019\u00e9tais seul, je n\u2019avais acc\u00e8s \u00e0 aucun placard, \u00e0 aucune armoire. Tout \u00e9tait ferm\u00e9 \u00e0 clef. Mon p\u00e8re m\u2019a m\u00eame un jour accus\u00e9 de lui avoir vol\u00e9 des petits sabots en cuivre, souvenirs de sa m\u00e8re. Je savais ou se trouvaient ces sabots. Je les ai violemment projet\u00e9 contre un mur en lui ordonnant de ne plus jamais m\u2019accuser de vol.<\/p>\n<p>Le temps passait, la maison se transformait, mes souvenirs disparaissaient, je dormais dans une chambre d\u2019ami. Ma belle-m\u00e8re avait fait rajouter une nouvelle aile \u00e0 la maison. Il y avait une gigantesque salle de bain. Des miroirs bordaient la grande baignoire. Il \u00e9tait interdit de projeter de l\u2019eau sur les glaces sous peine de remontrance.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais depuis peu \u00e0 la facult\u00e9. Mon p\u00e8re ne s\u2019int\u00e9ressait toujours pas plus \u00e0 moi. Je tentais de  prendre mon ind\u00e9pendance. Je commen\u00e7ais \u00e0 l\u2019affronter, \u00e0 lui tenir t\u00eate. Je ne supportais plus ses discours politiques naus\u00e9abonds. Je tapais du poing sur la table. Il \u00e9tait persuad\u00e9 que j\u2019\u00e9tais communiste. Les ann\u00e9es passaient. Sa seul pr\u00e9occupation \u00e9tait la pension alimentaire. Je continuais \u00e0 y aller par devoir filial. Je mettais des jours \u00e0 me remettre de mon s\u00e9jour. J\u2019avais derri\u00e8re moi plus de 25 ans de lavage de cerveau. Je d\u00e9tricotais tout petit \u00e0 petit. Tout se mettait en place et je me rendais compte qu\u2019il s\u2019\u00e9tait moqu\u00e9 de moi pendant toutes ces ann\u00e9es. Un jour, j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de ne plus donner de nouvelles.<\/p>\n<p>En rentrant de notre dernier week-end de ski, ma m\u00e8re m\u2019a annonc\u00e9 que mon p\u00e8re avait essay\u00e9 de la joindre par t\u00e9l\u00e9phone. Il ne comprenait pas pourquoi je ne donnais plus signe de vie. Il lui a dit \u00ab Quand m\u00eame, c\u2019est notre fils, il faudrait s\u2019en occuper \u00bb.<br \/>\nElle lui a juste r\u00e9pondu qu\u2019il avait mis plus de trente ans \u00e0 s\u2019en rendre compte. Elle lui a r\u00e9pondu que j\u2019avais certainement de bonnes raisons. Elle avait raison.<\/p>\n<p>Comme elle le dit si bien, <em>\u00ab ce n\u2019est pas une fois que l\u2019on a fait dans les draps qu\u2019il faut serrer les fesses \u00bb <\/em>. :clap_tb:<\/p>\n<p>J\u2019adore cette expression !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai beaucoup pens\u00e9 \u00e0 la relation entretenue avec mon p\u00e8re ces derniers jours. J\u2019ai tent\u00e9 de d\u00e9crypter, d\u00e9cortiquer, analyser chaque instant pass\u00e9<\/p>\n<p class=\"link-more\"><a class=\"myButt \" href=\"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/2006\/02\/01\/dernieres-reflexions-sur-mon-pere-avant-de-terminer-chez-mireille-dumas-ou-de-commencer-a-prendre-des-medicaments-qui-font-voir-les-elephants-roses\/\">Continuer la lecture<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-152","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=152"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/152\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=152"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=152"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/roidetrefle.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=152"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}